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L’empereur de Nouvelle-Zélande: histoire d’une reconstruction

De la surpêche à la durabilité : l'histoire derrière les pêcheries d’empereur de Nouvelle-Zélande
Marine Stewardship Council de décembre 13, 2016 - 9:25 dans Peche durable
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Patrick Cordue, auteur de l’évaluation des stocks d’empereur de Nouvelle-Zélande en 2014, nous livre ses réflexions sur la façon dont la science et la gestion des pêcheries d’empereur de Nouvelle-Zélande ont progressé au cours des deux dernières décennies.

La pêcherie d’empereur de Nouvelle-Zélande a connu une véritable transformation au cours des deux dernières décennies. Autrefois souvent qualifiée de «pêcherie non durable», elle a su se reconstruire et est désormais gérée durablement. Cette pêcherie répond aujourd’hui aux exigences élevées de la certification du Marine Stewardship Council (MSC)… et ce n’est pas un petit exploit ! Cette certification a eu lieu grâce aux progrès majeurs qui ont été réalisés dans le domaine de la science et de la gestion de cette pêcherie.

La plus grande pêcherie néo-zélandaise opérant sur trois stocks différents – deux sur le plateau de Chatham (à l’est de la Nouvelle-Zélande) et un sur le plateau de Challenger (à l’ouest) – est la première pêcherie d’empereur du monde à obtenir la certification MSC.

Cette pêcherie s’est appuyée sur le système néo-zélandais de gestion des quotas (QMS) pour se reconstruire. Ce système, introduit en 1986, est basé sur des Quotas Individuels Transférables (ITQ) et des Totaux Admissibles de Captures Commerciales (TACC). Il permet de contrôler directement les niveaux de captures en fonction des évaluations scientifiques des stocks. Ce système incite fortement le gouvernement et les pêcheurs à veiller à ce que les pêcheries soient gérées durablement. Les détenteurs de quotas ont une incitation commerciale directe pour maintenir la valeur de leur quota pour la viabilité à long terme des pêcheries. Ils ont donc investi des millions dans la recherche halieutique et dans des technologies novatrices d’étude acoustique pour s’assurer que les décisions de gestion sont basées sur des données scientifiques de premier ordre.

Un parcours semé de découvertes

Les pêcheries d’empereur de Nouvelle-Zélande ont été établies entre la fin des années 70 et les années 1980, alors qu’on connaissait peu la croissance et la reproduction de cette espèce.

A cette époque, on pensait que les agrégations d’empereurs représentaient une nouvelle et vaste ressource.  On se basait en effet sur les hypothèses habituelles de productivité que l’on connaissait pour les espèces côtières vivant à des profondeurs moyennes, qui sont généralement productives et peuvent supporter des niveaux de pêche importants.

Ce n’est que vers la fin des années 1980, lorsque des empereurs juvéniles ont été trouvés sur le plateau de Chatham, qu’on a découvert que l’empereur avait une croissance lente et une durée de vie très longue. Avec cette nouvelle donnée, il était devenu évident que les populations d’empereurs étaient beaucoup moins productives qu’on ne l’avait supposé et que les limites de capture avaient donc été fixées trop hautes. Par conséquent, la plupart des stocks d’empereurs ont été surexploités. On sait maintenant que l’empereur peut vivre jusqu’à 100 ans et plus et qu’il ne se reproduit pas avant au moins 30 ans.

D’autres progrès ont été réalisés dans les années 90 avec l’amélioration des modèles d’évaluation des stocks, mais le manque de données fiables sur l’âge et l’abondance a limité l’utilité de ces modèles pour la gestion. A ce moment-là, les traits de chaluts expérimentaux, destinés à récolter des données, sur le Plateau de Chatham sont devenus peu fiables puisqu’ils concernaient des agrégations locales d’empereur pour leur reproduction. Les indices de biomasse fondés sur les rendements de captures commerciales (c.-à-d. Les indices de capture par unité d’effort, CPUE) ont été utilisés dans certaines évaluations de l’empereur, mais ils avaient aussi leurs inconvénients. On s’est rendu compte plus tard que ces indices pouvaient, au mieux, donner des indications sur les sous-populations locales et non pas la biomasse du stock entier.

Des techniques prometteuses qui conduisent à des estimations précises

Des études acoustiques sur l’empereur ont été utilisées pour la première fois au milieu des années 1980. La technique était perçue comme prometteuse, mais une décennie plus tard, elle ne fournissait toujours pas de résultats utilisables. Le problème était d’essayer d’obtenir une signature acoustique précise de l’empereur (la proportion d’énergie acoustique que reflète un poisson individuel). Cette question n’a été résolue qu’en 2012, avec l’utilisation d’un système acoustique et optique combiné qui pouvait « résonner » acoustiquement sur les poissons individuels et en même temps les photographier pour identifier les espèces.

Ceci a permis de déterminer la signature acoustique de l’empereur, et donc de traduire beaucoup plus précisément la rétrodiffusion acoustique obtenue lors de ces recherches en estimation de biomasse.

Le dernier obstacle a été l’évaluation de l’âge des empereurs, qui avait jusque-là fourni des résultats incohérents. En l’absence de données sur l’âge, les modèles d’évaluation des stocks étaient trop simplistes pour être considérés comme fiables et l’évaluation des stocks d’empereur via des modèles a été interrompue en 2008. Cependant, la méthode d’évaluation de l’âge des empereurs a été revisitée et, en 2009, un nouveau protocole qui a donné des résultats plus cohérents a été développé et entièrement testé.

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Des scientifiques du Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO) travaillant sur le système optique-acoustique.

Dans la lumière

Un retour réussi à l’évaluation complète des stocks fondée sur des modèles a lieu en 2013, lorsqu’Innovative Solutions Ltd (ISL) est mandaté par le ministère des industries primaires (MPI) pour évaluer le stock d’empereur de la côte Est. Cette réussite a permis à ISL d’évaluer quatre stocks d’empereur en 2014.

Ces évaluations représentent une nouvelle approche. On met davantage en avant les études acoustiques comme étant des indices de biomasse relatifs mais « informés ». Des informations additionnelles, sur la signature acoustique et sur la proportion de la biomasse féconde étudiée, sont utilisées pour informer le modèle de l’ampleur réelle de la population féconde (comme le montrent les enquêtes acoustiques). Les indices de biomasse produits à partir de l’analyse des données de capture et d’effort ne sont plus utilisés. Les fréquences d’âge, élaborées à l’aide du nouveau protocole de lecture, sont utilisées dans ces évaluations pour fournir des renseignements essentiels sur les profils de recrutement. Le seuil d’acceptation des données dans les modèles a été relevé et seules les données les plus fiables sont maintenant acceptées pour les évaluations d’empereur.

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Empereur et sytème optique-acoustique

Les évaluations de 2014 ont été élaborées conjointement avec le Groupe de travail sur l’évaluation des pêches en eaux profondes du Ministère des Industries Primaires de Nouvelle-Zélande (DFAWG). Le DWFAWG comprend des scientifiques expérimentés qui proviennent aussi bien d’organismes de recherche que du ministère, des membres de l’industrie et d’ONG. Le groupe de travail du MPI est un forum scientifique ouvert qui examine tous les travaux de recherche avant qu’ils puissent être acceptés par les gestionnaires des pêcheries du MPI et utilisés pour éclairer les décisions de gestion. Les évaluations de l’empereur ont été rigoureusement examinées, débattues et modifiées au cours d’une série de réunions de la fin de 2013 jusqu’au début de 2014. Les évaluations finales ont été examinées lors de la réunion plénière de mai 2014 avant d’être acceptées pour les conseils de gestion.

Une étape majeure

Le fait que le MPI accepte les quatre évaluations de l’empereur en 2014 représente une étape clé pour la pêcherie d’empereur de Nouvelle-Zélande. C’est uniquement grâce aux décennies d’investissement de la part du gouvernement et de l’industrie que ces évaluations réussies ont été possibles.

Les quatre évaluations des stocks ont été utilisées pour élaborer une stratégie robuste de captures pour l’empereur. La plus grande incertitude concernant l’empereur est le niveau de recrutement (nombre de juvéniles qui entrent dans le stock chaque année) auquel on peut s’attendre pour ces pêcheries au cours des 20 prochaines années, à mesure que les cohortes (ensemble des individus d’un stock donné, nés à une période donnée), nées lorsque les stocks étaient à des niveaux relativement bas, arriveront à maturité. La stratégie de capture est ainsi conçue pour s’adapter aux changements de recrutement en modifiant les limites de capture en conséquence.

Obtenir la certification MSC est un véritable moment de fierté. Cette étape majeure n’aurait pu être atteinte sans les partenariats solides et la collaboration efficace entre les scientifiques, les pêcheurs et le gouvernement.

Marine Stewardship Council

Marine Stewardship Council

Le MSC face aux risques de la surpêche, le MSC s’engage pour la préservation des espèces et de l’habitat marins grâce à un label exigeant qui permet aux consommateurs de faire le choix de la pêche durable. Avec la certification MSC et le label bleu, l’organisation agit avec ses partenaires pour un juste équilibre entre exploitation économique des produits de la mer et préservation des ressources et de l’environnement, pour aujourd’hui comme pour demain.
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